Le mythe dans la peinture italienne

 

 

La Chute d’Icare, Carlo Saraceni (peint entre 1600 et 1607)

 

 

On peut admirer ci-dessus l’œuvre du célèbre peintre Carlo Saraceni. Artiste italien du XVIIème siècle, il aime travailler les différents tons, ainsi que les turbans et les draperies. Cette œuvre en est d’ailleurs une excellente preuve, comme nous l’expliquerons plus en détail plus bas. Son style de peinture est très riche et permet de retranscrire de la manière la plus fidèle possible la vision populaire du mythe d’Icare.

Carlo Saraceni (1576-1620) a été formé par le peintre Caravage, c’est pourquoi il est appelé « caravagien » comme de nombreux élèves de ce peintre. Son style est qualifié de sensible et poétique. Ici, La chute d’Icare représente effectivement le goût de Saraceni pour les couleurs, puisqu’on y trouve aussi bien du rouge que du vert, du bleu que du blanc ; son travail sur les draperies est également observable tant sur le père d’Icare que sur l’homme à dos de cheval.

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Une peinture, l’image d’un mythe :

         Deux hommes, un pêcheur et un cavalier, se reposent paisiblement au bord de la mer. Alors qu’ils sont plongés dans leurs activités, deux hommes quasiment nus apparaissent au-dessus de leurs têtes. Ils s’aperçoivent que l’un d’eux est en train de tomber en chute libre alors que l’autre tente désespérément de le rattraper. Il est alors aisé pour celui qui se trouve face à cette œuvre, de comprendre qu’il s’agit de la représentation du mythe d’Icare. Ce dernier, afin d’intéresser l’observateur à son sort, est placé au premier plan de manière très visible. A ses côtés se trouve son père Dédale, qui lui avait ordonné de rester près de lui. Pourtant, Icare est ici manifestement en chute libre depuis beaucoup plus haut : il est situé au-dessus de son père sur la peinture. Il n’est pas impossible que l’auteur du mythe ait voulu dissuader l’envie de quiconque de vaincre les dieux, ou du moins de se rapprocher d’eux. On peut donc considérer que la chute d’Icare peinte par Saraceni est sa punition pour avoir tenté de se frayer un chemin jusqu’aux cieux, demeure des Dieux.

D’autre part, on remarque une ligne verticale dans la chute d’Icare, accompagné par la tombée de ses plumes : ceci représente son impuissance face à la mort qui l’approche. Son père, lui, se situe sur une ligne verticale partant du point de fuite, situé au bout de son pied, tel un oiseau qui plane : il n’y a pas d’inquiétude apparente quant à la position du père en opposition à la situation de son fils qui ne possède manifestement pas d’issue favorable.

Malgré une importante concentration nécessaire à sa propre survie, Dédale tente de sauver son fils : sa tête est tournée vers ce dernier et sa main droite, ouverte, tendue, cherche à le rattraper. Mais le corps d’Icare est déjà happé par la vitesse et il est tout à fait impossible de le rattraper, Dédale est impuissant. Icare a alors réalisé la gravité de la situation : son regard semble supplier son père, sa main se tend vers lui pour s’y accrocher mais il est déjà trop tard.

 

Un drame observé

        La scène de la chute est représentée au premier plan, elle est mise en avant, et se déroule juste devant les yeux de deux spectateurs en bas à droite : un pêcheur et un cavalier. Le cavalier pointe la scène avec son doigt en formant la diagonale du tableau pour avertir le pêcheur du drame, ce qui dirige encore une fois les yeux de l’observateur sur le drame. Les spectateurs sont deux hommes, qui semblent mener une vie paisible au quotidien. De plus,  le paysage fait plus office de décor car il constitue seulement un fond. On note que la technique utilisée serait plutôt du style baroque, aux caractéristiques italiennes.

 On peut voir les nuages et les arbres arqués ainsi ils sont ondulés, bombés et boutonneux. L’eau est calme, et n’annonce donc pas le drame qui va se produire. Le soleil semble faible et fait ainsi penser à une éclipse avec notamment le noir devant le soleil annonçant le drame. L'atmosphère créée est ainsi plus sombre, plus représentative de l’accident à venir.

D’autres témoins se situent en bas à droite de la scène et ont aussi le regard fixé, au loin, sur la scène, rien n’existe plus autour durant ces quelques secondes où Icare et Dédale transperce le paysage de leurs ailes : leur univers est totalement différent de la vie paisible dans laquelle ils apparaissent : la diagonale partant d’en haut à gauche allant jusqu’en bas à droite sépare la vie rationnelle du pêcheur et du cavalier, de celle légendaire d’Icare et Dédale.

 

Les couleurs d’une scène

     La palette de couleurs est très terne, les couleurs, bien que relativement diverses, semblent toutes s’accorder. Seul le rouge de la draperie de Dédale se détache de l’ensemble et attire une fois de plus l’attention sur son fils et lui.

Une nuance de couleurs est observable lorsque l’on trace une ligne verticale au milieu du tableau : à gauche, les tons de couleurs utilisées sont plus foncés, le soleil ne réussit pas à illuminer cette partie du tableau. Mais à droite, c’est une partie qui est beaucoup plus éclairée. Icare se trouve dans la partie gauche représentée par les couleurs sombres, la faiblesse liée à sa chute, tandis que dédale est dans la partie lumineuse de l’espoir et de la vie.


Un mythe maintes fois représenté


    Il existe des tableaux qui ont représenté la chute d’Icare d’un point de vue beaucoup plus implicite tel que La chute d'Icare de Bruegel, grand peintre flamand du XVIème siècle rendu célèbre pour ses paysages et ses représentations idéalisées de la vie quotidiennes.

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Bruegel a préféré une interprétation subjective. En effet il représente Icare dans l’eau en train de couler puisqu'on ne voit que son pied, cependant la vie quotidienne n’est en aucun cas bouleversée. Ainsi, le laboureur situé au premier plan, accomplit ses tâches sans se soucier du drame qui vient de se produire, et les bateaux continuent leurs traversées. Il condamne ainsi la désobéissance et l’orgueil d’Icare, et opte pour une société travailleuse et consciencieuse plutôt qu’un désintéressement du travail, de la terre en l’occurrence.



Le symbole d’un désir ancré chez l’Homme

     L'homme a toujours eu ce désir d'imiter les oiseaux ; il a observé leurs évolutions pour tenter d’en percer le secret. Puis, il a recréé leur vol à l’aide de machines, s’éloignant parfois de la conception initiale du vol des oiseaux, mais accomplissant le fol espoir de fendre les airs. Icare est la figure symbolique de l'aspiration des hommes à s'élever comme les oiseaux dans les airs, à s'y déplacer sans souffrir de la pesanteur, en s'affranchissant des liens de l’attraction terrestre. Il est le symbole du courage, préférant courir le risque de croiser la mort pour tenter de récupérer sa liberté, donc sa vie, plutôt que de rester enfermé à jamais dans le labyrinthe. Mais il donne aussi l’image de l'imprudence et de la désobéissance aux ordres de son père. La vanité pousse souvent les Hommes à tenter des actions qui les dépassent bien qu’ils s’en croient capables.

Quant aux ailes, elles sont l'incoutournable symbole de l'envol, du léger, de l'immatériel, de l'élévation vers le Sublime, ce lieu inaccessible qu’est le Ciel. L'aile exprime l'appartenance au domaine céleste, l'élévation au-dessus de la Terre. Avoir des ailes, c'est donc pouvoir quitter le terrestre pour le céleste et donc tenter sa chance au royaume des dieux.

 

 

La température, une incohérence du mythe à la réalité

         Dans le récit du mythe, il est spécifié que Dédale et Icare cherchent à atteindre la Crète pour fuir le minotaure. Le vol prend alors place à Athènes. Les températures athéniennes peuvent aller jusqu’à des  valeurs très importantes. Il est expliqué dans le mythe qu’Icare tombe à cause des rayons du soleil qui font fondre ses ailes. Celles-ci étaient composées de plumes collées entre elles par de la cire. C’est ici que plusieurs incohérences s’installent entre le récit du mythe et les connaissances physiques actuelles.

La cire a une température moyenne de fusion située à 63°C. Sur le tableau, le soleil ne parait pas brûlant. La température extérieure était-elle alors de 63°C ? Cela semble peu probable et même si cela aurait été le cas, il est paradoxal qu'Icare soit tombé alors que Dédale, qui a pourtant les mêmes ailes que son fils, ait réussit à voler. Certes, Icare s’est davantage rapproché du soleil, mais cela n’explique en rien la fonte de la cire. En effet, d’autres facteurs rentrent alors en jeu : lorsque l'on monte en altitude, la température n'augmente pas, au contraire elle diminue. D'abord parce qu'il était bien trop éloigné des rayons du soleil pour que ceux-ci soient à l’origine de sa chute. Mais la baisse de température s'explique par la perte de 6°C tous les 1000 mètres tant que l’on ne sort pas de l’atmosphère pourtant le seul endroit où la respiration est possible. Donc même en admettant qu’Icare ai réussi à monter très haut, la cire n’a pas pu fondre. On va s'aider d'un graphique qui va nous permettre de mieux comprendre.

Voici un schéma permettant de mieux comprendre :

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On voit bien sur ce graphique représentant l'altitude en fonction de la température en degré Celsius que pour qu'Icare ait pu atteindre l'isotherme de 63°C, il aurait du atteindre une altitude de 105km ce qui semble déjà très difficile. Ce n'est cependant pas la seule diffultée ! En effet, pour qu'il ait pu arriver à cette altitude il aurait dû passer par des températures extrêmement basses telles que -56°C à 10km d'altitude. Sachant que lorsque notre température corporelle est comprise entre 32° et 25°C, l'on est considéré comme en hypothermie grave et que les conséquences sont déjà conséquentes telles que la baisse de la tension artérielle, le ralentissement du cœur ou  le risque de coma dû aux troubles de conscience. En dessous de 23°C, l'on entre dans un cas d'hypothermie majeure et, sauf cas exceptionnels où l'on a vu des températures de 13,7°C s'en sortir, on meurt d'un arrêt cardiaque. Autant dire qu'à -56°C à 10km d'altitude et même pire à -98°C à 88km d'altitude, notre Icare, aussi bien constitué qu'il puisse être, ne se sentirait pas aussi vigoureux qu'un aigle royal mais plutôt congelé et déjà mort de froid !  Egalement, on peut encore ajouter le fait qu'avec l'altitude, l'air ambiant se raréfie en dioxygène. Or, pour soutenir son effort et même l'intensifier puisque plus la température est basse plus la difficulté à produire un effort est contraignante, Icare aurait eu besoin d'une dose en dioxygène croissante alors qu'elle, au contraire, diminue. Ces donnés sont donc en contradiction avec le mythe qui voit fondre les ailes d'Icare. Mais alors que s'est-il réellement passé ? Pourquoi Icare est-il tombé ?

Plusieurs possibilités sont envisageables. La première, liée aux températures très basses évoquées précédemment, est celle selon laquelle la cire qui tient les ailes entre elles n'aurait pas fondu. Elle se serait cassée! En effet, à partir de 0°C la cire devient extrêmement rigide et plus cassable. Ainsi, si Icare aurait continué de battre des ailes, la cire se serait brisé, détachant alors les ailes, Icare serait donc bien tombé mais non à cause de la fonte de la cire.

 

 

 

Nous avons donc étudié comment le vol humain a été transcrit dans la peinture, tout en relevant une nouvelle fois les incohérences au vu des connaissances scientifiques actuelles. Maintenant, nous allons voir comment le vol de l'homme a été transcrit au cinéma au travers du film "Birdy" d'Alan PARKER.

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