La première version du mythe: Les métamorphoses d'Ovide

 

 

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          Voler ! De tout temps les hommes ont rêvé de voler, désir dont témoigne Colette dans Les Misérables : « La plus grande injustice du monde […] c’est qu’il y a des êtres qui volent.» Ce désir de voler est ancré dans la tête des hommes depuis toujours, déjà dans l’antiquité ce rêve était présent. Publius Ovidius Naso dit Ovide est né en -43 avant JC à Sulmone en Italie et est décédé en 17 après Jésus-Christ. Il écrit en 15 avant Jésus Christ un recueil de poèmes : Les Amours, ainsi qu’un recueil de lettres : Héroides.  Il se met à composer  les Métamorphoses, un long poème de 12 000 vers contenant 231 fables. Ce chef d’œuvre inspiré de la mythologie grecque rencontre un  grand succès. Chacune des 231 fables relate des transformations d’êtres humains en plantes, minéraux ou animaux. Nous nous intéresserons plus particulièrement au chapitre VIII des Métamorphoses qui raconte l’histoire de Dédale et de son fils Icare piégés dans le labyrinthe. Ils sont punis par le roi Minos pour avoir contribué à aider Thésée à sortir du labyrinthe. Dédale, ce fameux inventeur de génie a créé un fil d’or qu’il a donné à son fils. Ce dernier l’a ensuite remis à Ariane qui l’a utilisé pour faire sortir Thésée du labyrinthe après qu’il a vaincu le terrible minotaure. Minos apprit la traîtrise de Dédale et Icare. C’est pourquoi, il les enferma dans le labyrinthe. Là, ils tentèrent de s’échapper par la voie des airs.                                                                                            Aussi serait-il intéressant de nous poser la question :  Comment le mythe reflète t-il le désir de voler ? Nous verrons dans un premier temps que voler, synonyme de liberté, a pu être rendu possible grâce au génie de Dédale. Puis, nous verrons le destin tragique du jeune Icare.

 

          Tout d'abord, ce rêve a pu devenir une réalité grâce à Dédale, un inventeur de génie. L'invention qui a permis à Dédale et à son fils de s'élever dans les cieux est le fruit d'une réflexion. Cette réflexion suit une démarche scientifique. Ainsi, Dédale commence par examiner les différentes façons possibles pour s'échapper du labyrinthe. Les voies de la mer et de la terre sont maîtrisées par Minos, ligne 2 « Minos peut bien me fermer les chemins de la terre et de la mer », les rendant ainsi inpratiquables. Le seul moyen de s’échapper est alors la voie des airs, selon lui  « le ciel me reste ouvert» ligne 3. Ensuite, en tant qu'homme très avancé sur son temps qui suit une démarche scientifique, il va examiner les conditions physiques à respecter pour voler. Il va  alors faire part des hypothèses, qu'il a conçu à son fils: ligne 12« Si tu voles trop bas, l’eau alourdira tes ailes ; si tu montes trop haut, le soleil les brûlera ». On notera l'utilisation du conditionnel présent. Avec le "si" répété deux fois en tête de proposition, il annonce dans les deux cas une possibilité et est suivi d’un verbe au présent, puis d’une deuxième proposition juxtaposée composée d’un verbe au futur qui annonce la conséquence de l’hypothèse émise. Le parallélisme de construction mis en évidence par la même construction rythmique montre la clarté du raisonnement de Dédale. L’antithèse «trop bas » « trop haut » montre également que Dédale a examiné un grand nombre de possibilités, il fait part à son fils des deux hypothèses extrêmes. Ses paroles ne sont pas totalement infondées puisque la cire fond effectivement avec la chaleur, on estime aujourd’hui sa température de fusion autour de 63°C. Même si nous allons voir plus bas que certains de ses éléments sont incohérents.                                                                       

           De plus, cette invention va permettre une transformation, comme le titre de l’œuvre les Métamorphoses l’indique, il est question dans ce mythe de transformation d’êtres humains en oiseaux. En effet, l'omniprésence du champ lexical du vol montre la transformation des deux hommes en oiseaux avec notamment la répétition des termes "vol" ligne 8, 13, 20, "voler" ligne 13, 18, 21, "ailes" lignes 7, 11, 13, 16, 23, et "plumes" lignes 4,8,27. Aussi, on remarque que le verbe voler est omniprésent dans le texte, sous différentes formes. En effet, le verbe est à l'infinitif ligne 18: "voler", mais également à l'indicatif présent, à la deuxième personne du singulier ligne 13 "voles". Le verbe est aussi à la troisième personne du pluriel ligne 19 "volent".  Ce champ lexical montre la métamorphose de l'homme en oiseau. De plus, on remarque une vraie volonté de se rapprocher  physiquement : ligne 7 « il les recourbe un peu, afin d’imiter de véritables ailes», mais aussi moralement : ligne 15« inquiet comme un oiseau qui emmène sa jeune couvée » des oiseaux.  La comparaison nous montre que l’homme et l’oiseau ont les mêmes préoccupations. En effet, l’un comme l’autre sont inquiets pour leur progéniture. Dans ces moments-là, homme et oiseau ne font qu’un

 

          D'autre part, Icare est dès le départ présenté comme un jeune homme très audacieux. Cette audace s'explique par sa jeunesse. Icare n’a pas tenu compte des conseils de son père. Il vole toujours plus haut ce qui le mènera à sa perte ligne 22« Mais le soleil brûlant amollit la  cire qui fixe les ailes ». La conjonction de coordination ligne 22« mais » utilisée en tête de phrase montre une rupture dans le récit. Elle marque le passage d’une réussite exceptionnelle à un grand malheur. En effet, Dédale a créé des ailes qui leur permettent de s’échapper, de retrouver leur liberté. Mais cette même  invention est aussi la cause de la chute d’Icare et de la mort de ce dernier. Ce passage brutal d’une réussite à un échec  bouleverse les personnages. Dédale se sent responsable de la mort de son fils, une profonde tristesse le submerge. Nous allons voir pour finir la contradiction des sentiments éprouvés au début et à la fin du récit. Tout d'abord, Icare et son père ressentent une joie intense :"il sourit, il attrape au vol les plumes que le vent emporte" ligne 8. Icare assiste son père dans la création des ailes, heureux que celui-ci ait trouvé un moyen de s'échapper. Ensuite, Dédale montre lui aussi son émotion ligne 14: "Puis il embrasse son fils en pleurant". Il est heureux et la réussite de son oeuvre le fait pleurer. Les larmes expriment sa joie intense. Mais l'inquiétude commence à se percevoir ligne 25 « Icare, Icare, ou es-tu ?  En quel endroit faut-il que je te cherche ? ». La modalité interrogative montre l'anxiété de Dédale. La répétition d’ « Icare » montre qu’il est angoissé. Cependant, la deuxième phrase interrogative montre qu’il n’est finalement pas si affolé, il pense sans doute que son fils, qui n’est qu’un enfant, a voulu lui faire une farce. Ligne 26  l'adverbe « soudain » montre une nouvelle rupture dans le récit. Dédale inquiet voit des plumes dans l’eau et comprend immédiatement que son fils a chuté. La triste réalité l’amène à se sentir responsable de la mort de son fils, l’être qu’il chérissait le plus.  L’affection qu’il lui témoignait est mise en évidence ligne 14 : « Puis il embrasse son fils ». Son fils est mort par sa faute puisque Dédale est le créateur des ailes. Ligne 27 « il se met alors à maudire son invention » montre la frustration  et la colère qu’il éprouve contre lui-même.

 

 

          Dédale a pu s’échapper du labyrinthe mais à quel prix ! Il a perdu son fils. Les morales qui en résultent sont nombreuses. La première est de nature religieuse ; voler c’est vouloir se mettre au rang des Dieux, c’est contre nature. C’est pourquoi Icare voulant voler plus haut que les Dieux a été puni pour son affront. La seconde fait appel à la raison : Icare a osé défier les lois de la nature, la cire fondue a entraîné sa chute. La dernière paraît plus contemporaine : parce que Icare a désobéi à son père, il a été puni.                                                                   Tout comme le désir de voler, le mythe a traversé les siècles. En effet, le nom Dédale est devenu aujourd’hui un nom commun. On appelle maintenant dédale un labyrinthe particulièrement compliqué, un lieu ou l’on risque de se perdre, une situation complexe. De plus il est dit dans le mythe : « et l’endroit où celui-ci se trouve a conservé le nom d’Icare » ce qui est véridique, on trouve aujourd’hui la mer Icarienne.

 

              Quelques incohérences du mythe 

            

Démarche de l'expérience

          On suppose qu'Icare a essayé de battre des ailes comme le font les oiseaux.C'est pourquoi Nam Phong essaie également. Pour cela, il adopte la même position qu'un oiseau. Il place son corps selon un plan horizontal en s'allongeant sur deux tabourets. Dans chacune de ses mains se trouve une haltère. Il porte 14kg(7kg dans chaque main) ce qui représente la masse des plumes accrochées au bras d'Icare. (Plus tard dans le TPE nous expliquerons l'estimation de cette masse). 


     

 

          

          Observations

          Les bras de Nam Phong se meuvent de bas en haut. Cependant ils ne montent pas très haut et ne vont pas au delà de la ligne horizontale tracée par ses épaules.

         Bilan

          Les bras de Nam Phong ne peuvent pas reproduire le mouvement d'un oiseau. Cette première expérience permet de montrer simplement qu'il est impossible que l'homme et donc Icare vole de la même façon qu'un oiseau. Cela est dû à un manque de souplesse lié à une morphologie différente de celle des oiseaux.

           

          De plus, le centre de gravité de l'homme ne lui permet pas de maintenir son corps à l'horizontal. En effet, son centre de gravité se situe au niveau du nombril alors que le centre de gravité de l'oiseau se situe bien plus haut. De ce fait le corps d'Icare ne serait pas resté très longtemps en position horizontale dans le ciel. Son corps aurait plutôt adapté une position verticale.

           Enfin, la masse musculaire qui permet aux oiseaux de voler est nettement moins développée chez les hommes que chez les oiseaux. En effet, les muscles de la poitrine ne représentent que 20 pour cent de la masse musculaire totale d'un homme.La partie coloriée en rouge montre bien la prépondérance de ce muscle chez l'oiseau. C'est une des explications qui justifie qu'Icare n'a pas pu voler ; il manquait de puissance musculaire.oiseau-colorie.jpg

 

 

 

 

Lien vers la partie suivante

    Après avoir vu comment le vol humain a été représenté dans la littérature à travers le mythe d'Icare et de Dédale, avec les quelques incohérences que l'on a pu y relever, on va maintenant s'intéresser à sa représentation dans la peinture italienne : Le mythe dans la peinture italienne et y décrouvrir d'autres incohérences.

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